La plainte mnésique est plutôt rare chez
l'enfant, notamment chez l'enfant "tout venant".
Chez celui-ci, la
mémoire n'est donc pas explorée systématiquement, d'autant
plus que sous certains aspects sa mémoire est meilleure que celle de
l'adulte : les parents ne seront donc pas facilement alertés par un
dysfonctionnement.
Lors de l'entretien, il appartient au psychologue de
cerner ce dysfonctionnement, de faire préciser sa nature et son
intensité par l'enfant et ses parents.
Le plus souvent, la plainte
mnésique survient dans le cadre de troubles d'apprentissages sous
la forme "il ne retient rien" et dans ce cas on va s'intéresser, en plus
du niveau global de développement, à la qualité des
acquisitions académiques dans les échelles globales
d'intelligence (et/ou des tests scolaires pour les enfants plus
âgés) ainsi qu'à la mémorisation
d'événements de la vie quotidienne extra-scolaire (histoire
familiale, énumération du menu du dernier repas, récit des
vacances, du dernier anniversaire
). Notons que ces
événements de la mémoire épisodique sont
très liés au repérage spatio-temporel et font l'objet
d'une appréciation clinique, qualitative et non quantitative.
Certains subtests mettant en jeu la mémoire à long terme
seront sélectionnés au sein d'échelles globales
d'intelligence comme celles de :
- Wechsler: on
s'intéressera à l'épreuve de "Vocabulaire" et à
celle "d'Information" qui
évalue les connaissances de culture générale,
toutes deux étant très liées au scolaire et au
niveau socioprofessionnel des parents.
- la
K-ABC : les échelles de connaissances explorent les savoirs
-
académiques comme
- la lecture ("déchiffrement,
compréhension")
-"l'arithmétique"
- les
"personnages et lieux connus".
Ces connaissances appartiennent à
la mémoire sémantique.
D'autres épreuves
impliquant la mémoire immédiate et la mémoire
à court terme (ou mémoire de travail) seront
utilisées.
Notamment, pour les échelles de Wechsler :
- la "mémoire des chiffres"
- "l'arithmétique"
- la "répétition de phrases" pour l'enfant jeune
et pour la K-ABC :
- les "mouvements de mains"
- la "mémoire spatiale"
- les
"suites de mots"
- la "mémoire des chiffres"
La plainte
mnésique peut être liée à une inhibition
intellectuelle avec désintérêt scolaire et l'on
s'attardera sur des aspects plus comportementaux : "histoire" et investissement
scolaire, motivation, conflits psychiques sous-jacents
La plainte
mnésique peut aussi recouvrir un problème attentionnel,
surtout chez l'enfant hyperactif, instable. Les troubles d'attention
-concentration viennent alors oblitérer les premiers temps du processus
mnésique, ceux perceptifs-attentionnels qui permettent
d'appréhender le stimulus à mémoriser ou bien ils
altèrent le traitement simultané de plusieurs informations.
L'attention, dans ses différentes composantes, sera donc
systématiquement explorée lors de plaintes mnésiques.
Au sein des échelles composites d'intelligence, on retiendra des
épreuves mettant en jeu les capacités d'attention
concentrée, sélective et d'anticipation, les possibilités
d'apprentissage étant aussi sollicitées.
Notamment dans celles
de Wechsler pour l'enfant d'âge scolaire :
- le
"code"
- les "symboles"
- les "labyrinthes"
et pour l'enfant
d'âge préscolaire :
- la "maison des animaux".
Citons pour
les tests plus spécifiques d'attention :
- le "Test de barrages"D2
- le "Trail Making Test"
- le "Stroop" (qui
évalue en plus la sensibilité à l'interférence).
Les difficultés attentionnelles peuvent elles-mêmes
renvoyer à une anxiété importante
(précipitation de l'enfant, erreurs d'inattention, variabilité
des performances lors de l'examen psychométrique, crainte de
l'échec
) ou à un état dépressif
(apathie, désintérêt, difficultés globales de
mémorisation avec cependant une reconnaissance nettement meilleure que
l'évocation libre, laquelle est très inférieure au rappel
indicé).
L'observation de l'enfant pendant l'examen et notamment
pour l'anxiété lors des épreuves
chronométrées, renseignera le clinicien quant à la
participation anxio-dépressive du dysfonctionnement mnésique. Si
besoin, des échelles cliniques d'anxiété (R-CMAS) et de
dépression (MDI-C) permettront une évaluation quantifiée.
Un avis pédopsychiatrie peut aussi être utile.
L'évaluation de la mémoire dans la "pathologie".
Chez l'enfant cérébrolésé, la mémoire
sera explorée plus systématiquement mais jamais d'emblée
ni isolément. En effet il est important de connaître le niveau
global de fonctionnement intellectuel de l'enfant car la qualité de sa
mémoire, et donc ses performances mnésiques aux tests, en
dépendent. C'est davantage au travers d'épreuves
spécifiques ou de batteries mnésiques que la mémoire sera
évaluée.
Citons :
- la B144 de Signoret (formes
parallèles en verbal et en visuel)
- l'échelle clinique de
mémoire de Wechsler (mais on ne dispose que de " normiquettes " pour
l'enfant ! l'étalonnage est en revanche plus conséquent pour les
adolescents dans la forme révisée)
- la
liste des 15 mots de Rey - le rappel de la figure de Rey qui n'est
administré que lorsque la copie est de qualité
- les
figures géométriques du Benton.
Ces épreuves nous
renseignent quant aux possibilités de mémorisation à
court et à long terme et à celles d'apprentissage
sériel.
Les épreuves citées pour l'enfant
"tout-venant" pourront aussi être proposées afin
d'apprécier l'attention, la mémoire de travail et les
connaissances académiques (c'est à dire la mémoire
rétrograde dans les cas de pathologie acquise : traumatisme
crânien, AVC
).
Pour l'enfant dysphasique, on
privilégiera la mémoire visuelle, les difficultés
langagières pouvant expliquer à elles seules un mauvais
résultat aux épreuves de mémorisation verbale.
L'étude de la mémoire verbale permettra toutefois
d'appréhender le retentissement des désordres langagiers sur les
capacités de mémorisation.
Pour l'enfant sourd, on
aménagera les conditions de passation : présentation
écrite des consignes, rappel écrit plutôt qu'oral si
besoin
Là aussi le niveau langagier de l'enfant, tant expressif
qu'impressif, sera considéré dans l'interprétation des
résultats aux épreuves mnésiques. La mémoire
visuelle non verbale (comme le rappel de figures géométriques)
permettra d'isoler plus facilement la fonction mnésique.
Si je
n'ai pas parlé de la mémoire procédurale, c'est que les
"savoir-faire" (faire du vélo, utiliser un ordinateur, des jeux
vidéo
) renvoient chez l'enfant davantage au niveau de
développement intellectuel qu'à l'efficience mnésique.
Toutefois dans la pathologie acquise, la préservation ou non de ces
savoir-faire nous informe sur l'étendue de l'amnésie
rétrograde éventuelle.
En conclusion, il n'y a pas
"d'unicité" dans l'évaluation de la mémoire de l'enfant
(comme il en existe une, relative, pour l'étude de l'intelligence) : le
choix des épreuves dépend de la plainte mnésique (quelle
mémoire est défaillante ?), du contexte clinique (pathologie
avérée ou non), des hypothèses étiologiques et du
clinicien (qui a ses habitudes
).
Cette évaluation
s'insère dans une approche plus globale du sujet, cognitive et
comportementale. La composante développementale sera toujours à
l'esprit du psychologue, qui confrontera les données
psychométriques obtenues à l'âge réel de l'enfant.